Quand un produit circule sans preuve d’origine, d’authenticité et de conformité, c’est toute l’économie qui paie : recettes fiscales perdues, concurrence déloyale, risques sanitaires, atteintes à l’environnement et défiance des investisseurs. En Afrique, où l’économie informelle et la fraude pèsent lourd, la traçabilité n’est plus un « plus » technologique : c’est un outil de souveraineté, de protection des citoyens et de compétitivité.
Les chiffres illustrent l’enjeu : selon la CNUCED (rapport 2015), les flux financiers illicites grèveraient le PIB du continent d’au moins 16 %. Sur le plan sanitaire, l’OMS a indiqué que 42 % de tous les cas de médicaments falsifiés signalés entre 2013 et 2017 provenaient du continent africain ; des estimations relayées dans le débat public évoquent des pertes pouvant atteindre 200 milliards de dollars par an et près de 200 000 enfants concernés annuellement. Côté énergie, une estimation citée dans les discussions sectorielles fait état d’environ 133 milliards de dollars de carburants illicites par an à l’échelle mondiale, avec des foyers de vols, de contrebande et de falsification particulièrement sensibles dans des pays comme le Nigeria, la Libye, le Ghana ou le Cameroun.
La bonne nouvelle : des solutions concrètes existent déjà, éprouvées, et capables d’apporter des résultats rapides. Les systèmes d’authentification, d’identification et de traçabilité sécurisées, combinés à l’adhésion à des cadres internationaux (comme BEPS et CRS), permettent de bâtir une économie de confiance où l’État, les entreprises et les consommateurs gagnent ensemble.
Pourquoi la traçabilité est un « accélérateur » économique pour l’Afrique
La traçabilité répond simultanément à trois objectifs stratégiques :
- Récupérer des ressources: en réduisant la fraude et l’évasion, et en améliorant la collecte (notamment sur les produits soumis à accises).
- Protéger la population: en limitant la circulation de produits dangereux (médicaments, alcool falsifié, carburants frelatés, aliments adultérés).
- Valoriser les filières locales: en donnant des preuves vérifiables d’origine, de qualité et de conformité, ce qui soutient l’export, l’investissement et la réputation.
Dans les faits, la traçabilité agit comme un langage commun entre producteurs, distributeurs, douanes, autorités fiscales et consommateurs. Elle transforme une chaîne d’approvisionnement opaque en un système où chaque acteur peut vérifier plutôt que supposer.
Les secteurs les plus touchés : alimentation, santé, énergie
La fraude n’a pas un seul visage. Elle se manifeste par la contrefaçon, la dilution, la substitution, le mauvais étiquetage, l’origine géographique falsifiée, ou encore des circuits de distribution parallèles. Certains segments sont particulièrement exposés.
1) Industrie alimentaire : protéger la table… et les revenus des filières
À l’échelle mondiale, les estimations relayées dans le débat public indiquent que la fraude prive l’industrie alimentaire de 30 à 40 milliards de dollars chaque année. En Afrique, des produits comme l’huile de palme, le poisson, le plantain, le miel, le riz, le sucre ou l’alcool figurent parmi les plus concernés.
Un cas emblématique est celui de l’huile d’olive, souvent citée comme l’un des produits les plus falsifiés : substitution par d’autres huiles, étiquetage erroné, dilution, fausse origine géographique, distribution de produits contrefaits. Dans ce type de marché, la traçabilité est un bouclier de marque et un passeport qualité.
2) Santé : sécuriser l’accès aux médicaments et restaurer la confiance
La santé est un domaine où la fraude a un coût humain immédiat. Selon des données mises en avant par l’OMS, 42 % des cas de faux médicaments signalés entre 2013 et 2017 provenaient d’Afrique. Au-delà des chiffres, l’enjeu est clair : un produit falsifié n’est pas seulement une « perte économique », c’est un risque vital, notamment quand il s’agit d’antibiotiques, d’antipaludéens ou de vaccins.
La traçabilité, associée à l’authentification, peut permettre de :
- Vérifier l’authenticité au point de vente et dans la chaîne logistique.
- Réduire la circulation de lots non conformes.
- Renforcer la transparence entre fabricants, grossistes, pharmacies et autorités.
3) Énergie : assainir un marché critique, réduire les pertes et soutenir la transition
Le secteur de l’énergie concentre des enjeux de sécurité, de recettes fiscales et de stabilité. Les carburants illicites (volés, falsifiés, contrebandés) sont associés à des pertes considérables : des chiffres régulièrement cités évoquent 133 milliards de dollars par an au niveau mondial. En Afrique, des situations de vols et de contrebande sont notamment documentées dans des pays comme le Nigeria et la Libye, tandis que des pertes fiscales ont été évoquées au Ghana et au Cameroun.
La traçabilité et le marquage des carburants contribuent à :
- Décourager la fraude par une preuve de conformité difficile à reproduire.
- Protéger les consommateurs contre les carburants frelatés (solvants, mélanges).
- Sécuriser les recettes et améliorer la transparence des volumes.
Ce que change une traçabilité moderne : de l’opacité à la preuve vérifiable
Une traçabilité efficace ne se limite pas à « coller une étiquette ». Elle combine des mécanismes complémentaires :
- Identification: attribuer un identifiant unique à un produit, un lot, un site ou un acteur.
- Authentification: permettre de vérifier que l’identifiant et le produit sont légitimes (et non copiés).
- Traçabilité: enregistrer les événements clés (production, emballage, importation, distribution) dans un système contrôlé et exploitable.
En pratique, on parle de données protégées, infalsifiables et vérifiables, afin d’établir une chaîne de confiance entre le monde physique et le monde numérique.
Des résultats concrets : hausse de recettes, formalisation, meilleure efficacité
Au-delà des concepts, l’intérêt de la traçabilité se mesure à ses impacts. Des approches de « mobilisation des recettes et conformité », reposant sur des solutions de marquage et de traçabilité sécurisées, ont été associées à des progrès chiffrés dans plusieurs pays.
Des exemples cités dans les retours d’expérience incluent :
- Accroissement des recettes fiscales: Kenya (45 %), Ouganda (40 %), Tanzanie (128 %).
- Augmentation du nombre d’opérateurs recensés: Togo (90 %), Maroc (20 %), Ouganda (262 %).
Ces résultats illustrent un mécanisme vertueux : quand l’identification des produits et des opérateurs progresse, l’État collecte mieux, la concurrence devient plus loyale, et les entreprises sérieuses gagnent des parts de marché face aux circuits frauduleux.
Cadres internationaux : BEPS et CRS, deux accélérateurs de transparence
La traçabilité des produits gagne en puissance lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre plus large de transparence économique et fiscale. Deux dispositifs internationaux sont régulièrement mis en avant pour renforcer l’équité et la souveraineté fiscales :
BEPS : limiter l’érosion de la base fiscale et le transfert de bénéfices
Le plan d’action BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) a été initié en 2015 sous l’impulsion de pays du G20 et de l’OCDE, avec un cadre inclusif consolidé ensuite. L’objectif : améliorer la répartition des droits d’imposition entre juridictions et limiter l’évasion via le transfert de bénéfices.
Les bénéfices attendus d’une adhésion et d’une mise en œuvre cohérente sont notamment :
- Affirmer une volonté politique de lutte contre l’évasion et l’optimisation agressive.
- Moderniser la législation en s’appuyant sur des standards et retours d’expérience.
- Renforcer les capacités via le partage de bonnes pratiques et la formation des administrations.
CRS : l’échange automatique d’informations financières
La norme CRS (Common Reporting Standard), aussi appelée norme commune de déclaration, repose sur l’échange automatique d’informations entre juridictions concernant les comptes détenus par des non-résidents. En pratique, lorsqu’une institution financière ouvre un compte à un client non-résident, des informations sur l’identité, le compte et certains revenus financiers peuvent être communiquées à l’administration fiscale de la juridiction de résidence, selon les règles en vigueur.
Dans l’écosystème africain, certains pays ont été cités parmi les premiers à l’avoir mise en œuvre (Afrique du Sud, Maurice, Seychelles, puis Ghana). L’enjeu, pour les États qui se projettent vers cette norme, est de renforcer la transparence tout en consolidant la confiance internationale.
Construire une « économie de confiance » : quand la traçabilité devient un avantage compétitif
Dans un environnement où le physique et le numérique s’entremêlent, l’idée d’une économie de confiance consiste à faire en sorte que les transactions, produits et interactions reposent sur des informations vérifiables plutôt que sur des déclarations difficiles à contrôler.
Des acteurs industriels spécialisés comme sicpa dans l’authentification, l’identification et la traçabilité sécurisées ont structuré cette vision, en s’appuyant sur des solutions de marquage et des systèmes de contrôle adaptés à des produits sensibles : tabac, alcools, boissons, médicaments, cosmétiques et autres biens soumis à taxes d’accises ou exposés à la contrefaçon.
Une dynamique de déploiement régional a également été citée, par exemple via une implantation en Afrique de l’Ouest visant à favoriser le transfert d’expertise, l’innovation technologique et la création de valeur au Maroc et au-delà en Afrique subsaharienne.
Comment déployer un programme de traçabilité : une feuille de route pragmatique
Pour maximiser les bénéfices, un programme de traçabilité doit être pensé comme un projet d’infrastructure de confiance: il touche la réglementation, la technologie, les opérations terrain et l’adhésion des acteurs.
Étape 1 : cibler les produits à fort impact
Il est souvent plus efficace de commencer par des catégories où le retour est immédiat :
- Produits soumis à accises (recettes fiscales, lutte anti-informel).
- Médicaments (protection sanitaire, qualité).
- Carburants (volumes, fiscalité, sécurité, qualité).
- Produits alimentaires premium (huile d’olive, miel, poisson, etc.) où l’authenticité est un argument de valeur.
Étape 2 : définir le « standard de preuve »
La question clé n’est pas seulement « trace-t-on ? », mais «que doit-on pouvoir prouver? ». Exemples :
- Origine et lot de production.
- Conformité réglementaire.
- Canal de distribution.
- Statut fiscal (déclaré / non déclaré).
Étape 3 : rendre la vérification simple pour le terrain
Une solution réussie est une solution utilisée. Les contrôleurs, douanes, inspecteurs, distributeurs et parfois consommateurs doivent pouvoir vérifier rapidement, sans complexité excessive. L’objectif : réduire la zone grise et augmenter le coût du risque pour les fraudeurs.
Étape 4 : piloter par les indicateurs
Pour démontrer la valeur et ajuster le dispositif, il faut suivre des métriques simples et actionnables.
| Objectif | Indicateur | Effet attendu |
|---|---|---|
| Recettes publiques | Évolution des recettes sur catégories ciblées | Hausse mesurable, meilleure conformité |
| Formalisation | Nombre d’opérateurs enregistrés | Réduction de l’informel, concurrence plus équitable |
| Protection du consommateur | Taux de détection d’anomalies / saisies | Baisse de la circulation de produits dangereux |
| Performance administrative | Temps de contrôle et taux de couverture | Contrôles plus rapides et mieux ciblés |
Les bénéfices qui parlent à tous : États, entreprises, citoyens
Pour les États : plus de ressources et une crédibilité renforcée
- Recettes fiscales supplémentaires grâce à la conformité et à la réduction des circuits frauduleux.
- Meilleure efficacité des administrations (ciblage, contrôle, données).
- Image améliorée auprès des partenaires et investisseurs via des mécanismes de preuve.
Pour les entreprises : une concurrence plus saine et des marques mieux protégées
- Protection contre la contrefaçon et défense de la valeur de marque.
- Trajectoire export facilitée : démontrer l’origine et la conformité devient un atout commercial.
- Optimisation des chaînes logistiques (moins de pertes, moins de litiges, meilleure planification).
Pour les citoyens : sécurité, qualité, et confiance au quotidien
- Moins de produits dangereux sur le marché (santé, alimentation, carburants).
- Plus de transparence sur ce qui est acheté et consommé.
- Meilleure qualité de vie via des politiques publiques mieux financées.
Exemples d’usages à fort impact (sans complexité inutile)
Authentifier un produit sensible
Objectif : confirmer qu’un produit n’est pas une copie et qu’il provient du bon circuit. L’authentification peut s’appuyer sur des marqueurs et des identifiants uniques, vérifiables lors des contrôles.
Tracer un lot de production alimentaire
Objectif : relier un lot à son site de production et à ses étapes logistiques. Résultat : une capacité de contrôle renforcée et une meilleure valorisation des filières qui respectent les règles.
Contrôler la conformité des carburants
Objectif : limiter le marché des carburants volés, dilués ou frauduleux. Résultat : protection des consommateurs, recettes mieux sécurisées et réduction des incitations à la contrebande.
Faire de la traçabilité un projet fédérateur : les facteurs de réussite
Une approche gagnante repose sur un alignement simple entre trois dimensions : règles, outils, adhésion.
- Règles claires: exigences de marquage, obligations de déclaration, sanctions dissuasives, cadre de contrôle.
- Outils robustes: solutions sécurisées, adaptées au terrain, avec une gouvernance des données sérieuse.
- Adhésion des acteurs: accompagnement, formation, et démonstration rapide de gains (équité, visibilité, accès au marché).
La traçabilité réussie n’est pas celle qui collecte le plus de données, mais celle qui crée le plus de preuves utiles pour protéger, décider et investir.
FAQ : questions fréquentes sur la traçabilité en contexte africain
La traçabilité est-elle réservée aux grands groupes ?
Non. Elle peut bénéficier aux PME et aux filières locales, surtout quand elle permet de prouver l’origine, d’améliorer la qualité et de lutter contre la concurrence déloyale. L’enjeu est de choisir un dispositif proportionné et simple à opérer.
Traçabilité et fiscalité : quel lien concret ?
Sur les produits soumis à accises, l’identification et la traçabilité facilitent la conformité, réduisent l’informel et améliorent le contrôle. Cela se traduit potentiellement par des recettes plus stables et une administration plus efficace.
BEPS et CRS remplacent-ils la traçabilité des produits ?
Non. Ce sont des leviers complémentaires.BEPS et CRS renforcent la transparence fiscale et financière, tandis que la traçabilité agit sur les chaînes d’approvisionnement et la circulation des biens. Ensemble, ils contribuent à une économie plus fiable.
Conclusion : la traçabilité, un investissement qui crée de la valeur à grande échelle
Face à la fraude, à l’informel et aux circuits illicites, l’Afrique a tout intérêt à accélérer la mise en place de systèmes d’authentification, d’identification et de traçabilité sécurisées. Les bénéfices sont immédiats et mesurables : recettes mieux collectées, citoyens mieux protégés, entreprises valorisées et environnement mieux préservé.
En s’appuyant sur des solutions éprouvées et en s’alignant progressivement avec des cadres internationaux comme BEPS et CRS, le continent peut renforcer une dynamique essentielle : bâtir une économie de confiance où la preuve remplace la suspicion, et où la transparence devient un avantage compétitif durable.